Rechercher

Il était une fois l’haltérophilie… féminin

Abbye Stockton alias Pudgy
Le monde du muscle a eu bien du mal à accepter les femmes robustes et puissantes. Petite histoire de ces « phénomènes » qu’on a fini par prendre au sérieux.

Par Clotilde Boudet

Publié le 05 septembre 2023 à 19h45, mis à jour le 21 septembre 2025 à 16h14

Saviez-vous que l’haltérophilie est le seul sport de force des Jeux Olympiques modernes ? Sport ancestral par excellence, dès la première édition organisée à Athènes en 1896 par Pierre de Coubertin.

Soulever des poids n’est pas très « féminin », paraît-il… C’est sans doute pour cela qu’il faut attendre cinquante ans pour voir les premières compétitions féminines d’haltérophilie, quatre-vingt-dix ans pour que les championnats du monde ouvrent leurs portes aux femmes et cent-quatre ans pour qu’elles puissent participer aux JO.

Depuis, la Chine domine clairement les classements, avec seize des vingt records féminins détenus par des haltérophiles chinoises !

Katharina Brumbach dite Katie Sandwina

Avant la reconnaissance de la pratique comme un authentique sport, les femmes capables de soulever de grosses charges étaient considérées comme des « phénomènes ».

À l’image des deux stars de la disciplines d’alors :  la Galloise Miriam Kate Williams dite Vulcana et l’autrichienne Katharina Brumbach dite Katie Sandwina.

Miriam Kate Williams dite Vulcana

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, ces « strong woman » se donnaient en spectacle dans toute l’Europe et les États-Unis. En France, les performances de Vulcana impressionnèrent tant l’Haltérophilie Club de France (fondée en 1896) qu’elle fit la Une du journal “La Santé par les Sports“.

Quant à Katie Sandwina que l’on appelait volontiers « Lady Hercules », elle devint la « femme la plus forte du monde » après avoir battu Eugen Sandow, le père du culturisme moderne, « l’homme à la musculature parfaite ».

Katie Sandwina alias the Lady Hercules

Dans la seconde partie du XIXe siècle, deux autres femmes révolutionneront l’haltérophilie féminine : l’Anglaise Ivy Russel dont on oubliera trop vite le nom, et l’Américaine Abbye Stockton – également connue sous le nom de Pudgy – véritable coqueluche des médias.

Abbye Stockton alias Pudgy

À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, Ivy Russel démocratise le sport en Grande Bretagne et se tourne vers la « British Amateur Weightlifting Association » pour réclamer une compétition officielle d’haltérophilie féminine. Ce qui sera sans doute sa plus grande victoire.

Car si elle fait office de pionnière de ce sport de force, elle est aussi une sportive engagée dans l’égalité des sexes. Dommage que l’histoire l’ait largement oubliée.

De son côté, Pudgy Stockton démocratise l’haltérophilie aux États-Unis et participe à l’organisation du premier concours d’haltérophilie officiel ouvert aux femmes dans son pays. Peu à peu, on ne les regarde plus comme des monstres de muscles, mais comme des athlètes. Merci Pudgy !

En France, l’haltérophilie fait parler d’elle dès 1840 avec Hippolyte Triat, cependant la pratique ne s’ouvre aux femmes que dans les années 1980.

Pudgy Stockton, une poignée de main virile

En 1989, en France, elles sont trois-cents femmes à pratiquer ce sport en compétition. En 2016, leur nombre passait à 31 312, soit 33 % des licenciés du pays.

Aux derniers JO de Tokyo, la Française Dora Tchakounté a manqué de peu le podium en se plaçant 4e. Elle n’a pas dit son dernier mot et se prépare pour 2024. Ce sera musclé.

Dora Tchakounté

Ouverture Abbye Stockton dite Pudgy

D'autres épisodes de "Muscu, haltéro, CrossFit, ça envoie du lourd !"

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Top 5 des articles les plus lus

D’autres actus en brèves…

Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Quiz : Connaissez-vous bien le sport féminin ?

Aujourd’hui, le football se conjugue aussi bien au féminin qu’au masculin. Mais évidemment, avant ça, les footeuses sont loin d’avoir eu la vie facile. Certaines institutions ont tout de même soutenu ces filles qui voulaient juste faire ce qu’elles voulaient, ce qui a abouti à la création du premier championnat de France féminin de football FSFSF.

Lire plus »
Marathon Rose, les femmes en marche contre le cancer du sein

Marathon Rose, les femmes en marche contre le cancer du sein

« Le sport pour vaincre ! » Comme un cri du cœur, le slogan de l’association Casiopeea résume parfaitement le projet de son Marathon Rose qui prendra la route en octobre : marcher côte à côte pour lutter contre la maladie durant le mois de sensibilisation nationale, Octobre Rose. ÀBLOCK ! soutient cet essentiel top départ…

Lire plus »
Marie Tabarly : « Naviguer avec un équipage féminin ne me branche pas plus que ça mais on est obligées d’en passer par là »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une histoire féminine de marathon, une voileuse qui prend le large (Marie Tabarly sur notre photo), une championne en reconstruction au micro de notre podcast, un nouveau mag à découvrir ou une pionnière de la navigation, c’est le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Ce seize pages sympa à lire – en mode « posterzine » – va « droit au but » pour mettre toutes les sportives sur le podium. De quoi être dans les starting-blocks pour son premier numéro et sa collecte participative. Nous, on adhère !

Lire plus »
Anaïs quemener

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une ambassadrice ÀBLOCK! qui rejoint l’aventure de notre média (la championne de marathon Anaïs Quemener sur notre photo), une experte en histoire du vêtement sportif, un ex-rugbyman qui conjugue son sport au féminin ou encore l’histoire des femmes haltérophiles, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Alice Finot : « Les jalousies, la prise de risque, ont été des moteurs de ma performance en athlétisme. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une navigatrice toujours sur le pont, une athlète qui se joue des obstacles (Alice Finot sur notre photo), un bodybuilder qui étudie la puissance du muscle ou encore la petite histoire de l’haltérophilie au féminin à l’heure des Mondiaux, découvrez le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Oriane Bertone, la femme araignée qui a trouvé sa voie

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le ballon rond qui ne s’arrête pas de tourner, un retour sur les Mondiaux d’athlétisme, une lettre sur un avenir ÀBLOCK! pour le sport de haut niveau, une demoiselle araignée (Oriane Bertone sur notre photo), un show toulousain avec les meilleures triathlètes et une navigatrice on ne peut plus ÀBLOCK!, c’est le meilleur de la semaine.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Il était une fois le water-polo… féminin

Il était une fois le water-polo… féminin

Les 22 et 23 avril, se terminaient les Playoffs du Championnat Elite Féminin de water-polo. À domicile, le champion en titre, Lille, a battu Mulhouse en finale. Hé oui, les poloïstes du LUC Métropole Water-Polo sont championnes de France pour la 9e fois ! Un palmarès impressionnant qui mérite de regarder un peu en arrière… pour se pencher sur l’histoire du water-polo féminin.

Lire plus »
Pauline Ferrand-Prévot

Best-of 2020 : les exquises paroles de nos championnes

Elles nous ont inspirés, nous ont émus, soufflés, amusés ou encore étonnés. Par leurs mots, leurs émotions si bien exprimées. Leurs confidences sont des cadeaux et nous sommes fiers de les accueillir toutes ces filles ÀBLOCK! Merci, girls, d’avoir fait de 2020, année troublée, une année de partage. Merci d’avoir accompagné notre nouveau média. Cela valait bien de réunir ici quelques pépites glanées au gré de nos rencontres. Le choix a été si difficile que nous reviendrons prochainement mettre en lumière d’autres championnes pour d’autres délicieuses petites phrases. Vive 2021 avec vous ! Savourez !

Lire plus »
Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Pionnière du flag féminin en France, ambassadrice à l’international, Elisa De Santis, 34 ans, est bien dans ses crampons. Alors que ce sport méconnu, petit frère du foot américain, court vers la discipline olympique, celle qui est l’une des meilleures joueuses du monde ondoie avec une agilité sans pareille sur les terrains, une décontraction de façade mais une concentration de pro.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter