Rechercher

Surya Bonaly5 infos pour briller sur la glace

Surya Bonaly
À l’image d’une Simone Biles, championne avant-gardiste de la gymnastique, Surya Bonaly marqua le monde du patinage artistique dans les années 1990 de ses prouesses interdites. La multi championne de France et d’Europe et vice-championne du monde par trois fois, a toujours voulu briser la glace des conventions pour faire évoluer son sport, au grand dam des juges, mais pour le plus grand plaisir du public. Ou comment devenir une Reine des glaces en 5 (r)évolutions !

Par Claire Bonnot

Publié le 21 mars 2021 à 17h10, mis à jour le 21 septembre 2025 à 16h40

1. Avoir la puissance d’une gymnaste

Sportive douée, précoce, la petite Surya, née à Nice en 1973, se prend de passion pour la gym dès l’âge de 4 ans. Elle s’offrira un titre de championne du monde espoirs de tumbling (discipline de gymnastique acrobatique) et de vice-championne du monde senior par équipe, en 1986. Elle a 13 ans.

« C’est une discipline spectaculaire. Elle adorait ça », confiait son père. Un entraînement de haut vol qui la prépare à sa seconde carrière, le patinage artistique, qu’elle aime plus que tout et avec lequel elle devient membre de l’Équipe de France en 1988.

Sa mère adoptive, professeure d’éducation physique, l’avait mise sur les patins à l’âge de 2 ans, le temps que la petite patiente pendant ses cours de sport.

La gym offre à Surya Bonaly une musculature et un avantage sur la glace que n’ont pas les autres patineuses : « Surya était déjà une athlète confirmée quand elle a commencé à patiner, analyse Scott Hamilton, médaillé d’or aux Jeux de Sarajevo dans Losers, la série documentaire de Netflix. Elle était championne du monde de tumbling. Elle avait déjà le physique, la détente, l’élévation, le sens de la rotation, c’était extraordinaire. »

Un corps d’athlète à l’impulsion jamais vu qui diffère de la finesse des « ice queens » de l’époque et qui fera à la fois sa grandeur et sa décadence.

La « Bonaly », comme on la surnommera ensuite, brise la glace des standards du patinage : « Dans ce monde, les juges font la loi. C’est un univers de gens bien comme il faut. C’était le règne de la jolie petite patineuse dans sa boule à neige », décrit Tara Lipinski, médaillée d’or en 1998 à Nagano, dans Losers.

Noire (l’une des premières dans ce milieu du patinage artistique majoritairement blanc), petite, avec les cuisses musclées, Surya Bonaly ne coche pas les cases stéréotypées du milieu.

Déterminée, frondeuse, elle enchaîne alors les exploits et brave les interdits. Sa spécialité ? Les sauts et saltos qu’elle pratique dès ses débuts sur la glace.

2. Être une rebelle sur la glace

Surya Bonaly a toujours tenté les sauts les plus inédits sur la glace sans jamais pourtant parvenir à ajouter l’or olympique à son palmarès qu’elle a cherché à atteindre par trois fois, en 1992, 1994 et 1998.

Désillusion ultime, en 1994, aux Championnats du monde de Chiba. Elle y obtient le même score que la Japonaise Yuka Sato mais par cinq voix contre quatre : les jugent ne lui offrent que la deuxième marche du podium.

Elle refusera d’y monter, en larmes. Quand elle s’y décide, elle retirera sa médaille. Elle expliquera encore des années plus tard son incompréhension totale : « Je n’en revenais pas. C’était incompréhensible. Qu’est-ce qu’il fallait que je fasse ? Les juges auraient pu être justes pour une fois. »

Elle demeure encore aujourd’hui un talent brut du patinage artistique mondial et la première patineuse à avoir tenté de nombreuses combinaisons de sauts en compétition, mais aussi des quadruples rotations.

1994, Championnats du monde de Chiba

3. Détenir une figure de patinage artistique à son nom

En prime d’afficher un palmarès exceptionnel en dix ans de carrière – 3 fois vice-championne du monde senior, 9 fois championne de France et 5 fois championne d’Europe – Surya Bonaly n’a pas hésité à faire trembler la discipline en pionnière qu’elle est et qu’elle veut être.

Le salto arrière, jambes tendues, pieds décalés, réceptionné sur un pied, aussitôt dénommé le « Bonaly », fait d’elle la première patineuse de l’histoire à oser réaliser ce saut vertigineux en compétition.

Ce coup d’éclat a lieu le 20 février 1998, aux JO de Nagano, au Japon. Le « backflip » considéré comme trop dangereux est officiellement interdit par la Fédération, mais Surya Bonaly s’élance. « Elle voulait le tenter quand même, car c’est une athlète qui voulait faire changer les choses, faire évoluer sa discipline », affirme Peter Biver, son compagnon, patineur artistique.

Cette prouesse exceptionnelle lui offrira les honneurs éternels du public – et même une standing ovation ! – mais lui ravira la couronne sportive.

Surya Bonaly termine à la dixième place. La rude et belle loi du sport : une légende est née. Celle de la patineuse sacrifiée, mais pour toujours en liberté.

Le 20 février 1998, aux JO de Nagano, au Japon et le fameux « backflip » interdit de Surya Bonaly.

4. Faire le show

Nagano marque la fin de sa carrière en amateur. La patineuse désormais mythique devient pro, mais arrêtera quelques années plus tard la compétition.

Sa carrière se poursuit dans des spectacles sur glace. Le public n’a d’yeux que pour elle. Surya Bonaly fait vibrer les foules de backflip en backflip dans la troupe « Champions on Ice », à Las Vegas, de 1993 à 2007, ou encore lors de la tournée française d’« Holiday on Ice », en 2014.

5. Une rôle modèle qui marque la glace de son empreinte

« Rebel on Ice » ou le doc d’une star des écrans qui s’est vue inspirée par la rebelle de la glace. Cette star de télé, c’est Eva Longoria, la Desperate Housewife de Hollywood.

En 2015, elle produit un documentaire sur Surya Bonaly dans le cadre d’une série consacrée aux obstacles rencontrés par les grands sportifs. « Je me souviens. La première fois que je l’ai vue sur la piste, j’étais surprise : « Wow, c’est une fille black ! » Je n’avais pas l’habitude d’en voir dans ce milieu et en plus, elle était extraordinaire… », commente Retta Sirleaf,  la réalisatrice du documentaire.

Surya Bonaly ne sait pas si sa couleur de peau a été un facteur dans les embûches qui ont jalonné sa carrière, mais la question s’est posée : « En tant que sportive noire, je considérais que j’étais obligée de faire mieux que bien. Je devais être parfaite ».

Dans ce milieu codé, la surdouée dénotait. Après avoir été membre du conseil fédéral de la Fédération française des sports de glace de 2010 à 2014 et marraine officielle des Championnats du monde de patinage artistique en 2012, elle a été l’ambassadrice de « La France des talents et des couleurs », une association qui lutte contre le racisme, la violence et la discrimination dans le sport.

Pour autant, la sportive expliquait à l’AFP à cette époque qu’elle ne voulait pas qu’on extrapole sa démarche : « Je n’aime pas trop associer mon image. J’ai fait ma carrière, je ne veux pas y revenir pour dire que j’ai eu des problèmes. Je fais ça pour les jeunes. Mon but n’est pas de dire que j’ai envie de soulever un truc vingt ans après ».

Aujourd’hui, la reine des patins entraîne des pros aux États-Unis où elle vit et n’hésite pas à aller partager sa powerful attitude auprès de jeunes patineurs et son inspirante story. Une sportive et une femme ÀBLOCK!

D'autres épisodes de "Patinage, ces filles qui ne laissent pas de glace"

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Top 5 des articles les plus lus

D’autres actus en brèves…

Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Quiz : Connaissez-vous bien le sport féminin ?

Aujourd’hui, le football se conjugue aussi bien au féminin qu’au masculin. Mais évidemment, avant ça, les footeuses sont loin d’avoir eu la vie facile. Certaines institutions ont tout de même soutenu ces filles qui voulaient juste faire ce qu’elles voulaient, ce qui a abouti à la création du premier championnat de France féminin de football FSFSF.

Lire plus »
Marathon Rose, les femmes en marche contre le cancer du sein

Marathon Rose, les femmes en marche contre le cancer du sein

« Le sport pour vaincre ! » Comme un cri du cœur, le slogan de l’association Casiopeea résume parfaitement le projet de son Marathon Rose qui prendra la route en octobre : marcher côte à côte pour lutter contre la maladie durant le mois de sensibilisation nationale, Octobre Rose. ÀBLOCK ! soutient cet essentiel top départ…

Lire plus »
Marie Tabarly : « Naviguer avec un équipage féminin ne me branche pas plus que ça mais on est obligées d’en passer par là »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une histoire féminine de marathon, une voileuse qui prend le large (Marie Tabarly sur notre photo), une championne en reconstruction au micro de notre podcast, un nouveau mag à découvrir ou une pionnière de la navigation, c’est le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Ce seize pages sympa à lire – en mode « posterzine » – va « droit au but » pour mettre toutes les sportives sur le podium. De quoi être dans les starting-blocks pour son premier numéro et sa collecte participative. Nous, on adhère !

Lire plus »
Anaïs quemener

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une ambassadrice ÀBLOCK! qui rejoint l’aventure de notre média (la championne de marathon Anaïs Quemener sur notre photo), une experte en histoire du vêtement sportif, un ex-rugbyman qui conjugue son sport au féminin ou encore l’histoire des femmes haltérophiles, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Alice Finot : « Les jalousies, la prise de risque, ont été des moteurs de ma performance en athlétisme. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une navigatrice toujours sur le pont, une athlète qui se joue des obstacles (Alice Finot sur notre photo), un bodybuilder qui étudie la puissance du muscle ou encore la petite histoire de l’haltérophilie au féminin à l’heure des Mondiaux, découvrez le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Oriane Bertone, la femme araignée qui a trouvé sa voie

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le ballon rond qui ne s’arrête pas de tourner, un retour sur les Mondiaux d’athlétisme, une lettre sur un avenir ÀBLOCK! pour le sport de haut niveau, une demoiselle araignée (Oriane Bertone sur notre photo), un show toulousain avec les meilleures triathlètes et une navigatrice on ne peut plus ÀBLOCK!, c’est le meilleur de la semaine.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Hélène Pietrenko

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

De l’arc et des flèches en mode féminin, un triathlon XXL (avec la toujours motivée championne Hélène Pietrenko sur notre photo), une pratiquante qui a trouvé confiance en elle grâce au sport et qui se raconte avec passion, une sportive qui a porté trois maillots de l’équipe de France dans trois sports différents ou encore une arbitre qui révolutionne le monde du rugby, c’est sur ÀBLOCK! et c’est tout. Bonne lecture !

Lire plus »
Laura Valette, Laura Valette, en piste, hurdleuse !

Laura Valette : en piste, hurdleuse !

Ce 31 juillet, la blonde hurdleuse au regard clair et au sourire franc s’élancera sur le 100m haies dans l’objectif de se qualifier pour les demi-finales des JO de Tokyo. Championne olympique de la jeunesse en 2015 et multi médaillée dans les compétitions nationales et internationales, Laura Valette la fonceuse veut vivre son rêve olympique à fond.

Lire plus »
Manon Brunet-Apithy : « Après deux années difficiles, il fallait que je retrouve le mode conquête. »

Manon Apithy-Brunet : « Après deux années difficiles, il fallait que je retrouve le mode conquête. »

Dans la vie, elle est maréchale des logis au sein de la gendarmerie. Mais dans la vie, elle est aussi une sabreuse de haut vol. Double médaillée de bronze aux JO de Tokyo, Manon Apithy-Brunet avait déserté les pistes pour cause de blessure à l’épaule. La voilà de retour en force avec un titre européen et en forme pour les Mondiaux d’escrime qui débutent à Milan. Rencontre avec une fille coriace qui tire plus vite que son ombre.

Lire plus »
Nita Ambani

Nita Ambani, la First Lady du sport en Inde

Première femme indienne membre du Comité International Olympique et copropriétaire de l’équipe star de cricket « Mumbai Indians », Nita Ambani est une philanthrope qui compte dans le monde sportif. Portrait de l’une des leaders les plus influentes du sport en 2020.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter